Accoucher sous hypnose à Tahiti : une maman raconte

-VOS HISTOIRES- Avant qu’une de mes collègues ne me raconte son accouchement, je n’avais jamais entendu parlé de cette technique. Et pourtant, accoucher sous hypnose, à Tahiti, c’est possible. Oubliez un instant l’image du vieux médium qui vous hypnotise avec un pendule. Pour vous, Tauhiti revient sur cette expérience.

Ma collègue a 4 enfants. Soit quatre accouchements bien différents, dont elle n’a pas toujours gardé que de bons souvenirs. « Pour les deux premiers j’ai accouché par péridurale. Pour la première ça a été très difficile parce que ça a été péridurale et ensuite forceps. J’ai eu 12 points de suture à l’intérieur et 12 à l’extérieur… Pour ma cadette ça a été une péridurale aussi mais j’ai souffert pendant 16 heures. Et comme ma cadette ne voulait pas sortir, l’infirmière est montée sur mon ventre*. J’ai eu du mal à m’en remettre. »

C’est lors de sa 3e grossesse qu’elle entend pour la première fois parler d’accouchement sous hypnose.  « C’était en 2012 et par contre à cette époque-là, il n’y avait pas encore de personnes ressources pour expliquer ce qu’était l’accouchement sous hypnose. (…) Pour mon fils, au départ, j’ai dit que je voulais accoucher sans péridurale. Sauf que lorsque je suis arrivée sur la table d’accouchement, le médecin, voyant que je peinai à pousser, a décidé de me faire une péridurale et a extrait mon fils. »

C’est finalement pour son 4e enfant que Tauhiti ira jusqu’au bout. Avec sa sage-femme, elle se prépare pendant plusieurs semaines.  « Les séances sous hypnose ce n’est pas un mec qui vient et te fait tourner une montre. C’est un état d’esprit dans lequel tu dois te placer quand tu commences à avoir des douleurs (…) La sage-femme te demande de te fabriquer une bulle, de te mettre dans l’endroit où tu te sens le plus en sécurité. Moi ça m’a pris bien 5 séances pour pouvoir me créer cette bulle dans ma tête. »

Et pour se créer cette bulle qui permet d’accéder à un état hypnotique, il faut commencer par lâcher prise. Dormir beaucoup conseille Tauhiti, « même si tu as plein de travail à la maison, il faut arriver à lâcher prise avec le quotidien, avec le travail aussi. Avec ta vie de famille aussi, que tu donnes du temps aux enfants si tu en as, à ton mari, mais qu’à un moment donné tu reposes ton corps. »

Son anesthésiste, formé à cette technique, a été prévenu de son choix d’accoucher sous hypnose. « Le jour de l’accouchement, on m’a provoquée parce que j’étais tellement zen que mon bébé ne voulait pas sortir. Moi-même quand j’avais des contractions, je ne les sentais pas. Donc le médecin a décidé de me provoquer » raconte ma collègue.

« Quand on est suivi sous hypnose, il y a des mots qui font que l’on retombe vite dans cet état de calme. L’anesthésiste a rapidement trouvé ces mots et cela m’a mis dans un état de calme. Tellement, qu’ils ont dû m’injecter deux fois le produit pour provoquer l’accouchement. »

Pas de piqûre, mais l’anesthésiste est resté à ses côtés tout le long. « Sur le monito, les contractions étaient en train de s’emballer. Je suis passée de deux doigts dans ma chambre à sept doigts en 10 minutes en marchant vers la salle d’accouchement. Parce que je me sentais bien, je n’avais pas si mal. Je suis arrivée en salle d’accouchement. J’étais debout sur la table d’accouchement. Les dames qui étaient là m’ont juste rhabillée pourque je me mette à l’aise. Ma sage-femme n’était pas là mais celles qui étaient là m’ont juste demandé comment ça allait, elles ont pris ma respiration et elles ont vu que j’étais sur le point d’accoucher parce qu’elles me voyaient rouge (…) J’étais déjà dans ma bulle. L’hypnose fonctionnait déjà depuis deux jours. »

Les sage-femmes lui demandent de s’asseoir pour prendre sa tension, puis de s’allonger. « Je me suis allongée et là j’ai dit à la sage-femme juste devant moi « tu devrais te retourner parce que mon bébé va arriver ». Et elle se retourne et pfoou j’ai réussi à faire éclater la poche des eaux. Elle a dit « comment tu as fait ça ? » J’ai dit « je ne sais pas mais tu devrais te préparer parce que mon bébé va arriver. » Et peu de temps après mon bébé est sorti. »

« L’anesthésiste aussi était là. Il me parlait pour savoir comment j’allais, vérifier comment je respirai (…) si tout fonctionnait bien. (…) Il m’a tenu la main tout le long. Je lui parlai et je savais que je pouvais rester dans ma bulle. Et ma bulle c’était le motu où je suis à Mahaena, donc un motu de chez moi où j’aime bien aller passer du temps et où j’arrive à me déconnecter du travail, de la famille, de tout. J’étais toujours là bas mais avec lui. »

« J’avais vraiment lâché prise et j’ai réussi à ce que la douleur n’en soi plus une »

Pas ou peu de douleurs pour cet accouchement naturel et surtout le plaisir de ressentir tout ce qui étaient en train de se passer dans son corps : « J’avais vraiment lâché prise et j’ai réussi à ce que la douleur n’en soi plus une. Je ne dirai pas que c’est de l’extase mais franchement j’étais contente parce que je sentais le bébé bouger. Les épaules, les mains. Je sentais pendant que j’étais sous hypnose. Quand je disais à la sage-femme de se retourner parce que bébé allait arriver, c’est parce que je sentais ses pieds pousser sur la paroi de mon utérus. Mais tout ça avec une péridurale tu ne le sens pas. Je sentais ses épaules qui essayaient de se frayer un chemin et j’ai même senti sa tête quand elle a touché la paroi de mon vagin. J’ai senti sa tête quand il sortait, ses doigts, sa main, le pied. Ce sont des choses qui vont tellement vite aussi. »

Pas de péridurale, un accouchement naturel et sans (trop) souffrir. Le rêve… Mais tout le monde n’est pas aussi réceptif que ma collègue. Selon elle, après discussion avec le personnel soignant, beaucoup de mamans auraient abandonné l’idée d’accoucher sous hypnose à la dernière minute, prises d’une peur panique d’avoir trop mal.

Mais au-delà de l’accouchement, Tauhiti insiste sur la préparation et les séances qu’elles a eu avec sa sage-femme. « Il faut sentir son bébé, l’écouter, essayer de savoir pourquoi il donne un coup-là, un là. (…) Ce sont des choses qu’on devrait apprendre aux mamans quand elles sont enceintes (…) Quand j’ai suivi les séances d’hypnose avec la sage-femme, elle me disait d’écouter mon bébé. Elle demande d’écouter son bébé, de travailler la relation (…) On dit souvent qu’on ne sent rien de son bébé mais en fait si. Si lui arrive à sentir toutes tes émotions quand il est dans ton ventre, qu’est-ce qui fait que toi tu n’arrives pas à sentir ses émotions ? C’est parce qu’en fait on n’écoute pas assez. J’ai appris avec la sage-femme qui m’a préparée à l’hypnose, à écouter mon bébé. Ce n’est pas facile, ça m’a pris plusieurs séances pour savoir de quoi elle parlait. Mais ça m’a permis d’écouter mon bébé. »

Aujourd’hui Tauhiti a une relation spéciale avec son fils. « Des fois avec mon fils on n’a pas besoin de se parler, même de se voir. Je sais qu’il a besoin de telle ou telle chose. Ce qui ne se passe pas avec mes autres enfants. Pas parce que j’avais accouché sous péridurale mais parce que je n’avais pas pris le temps de créer cette relation. »

Pour plus d’infos sur l’accouchement sous hypnose, parlez-en à votre sage-femme ou votre obstétricien.

*Cette technique, appelée expression abdominale, est interdite en France depuis 2007 car elle peut avoir des conséquences graves sur la santé du bébé et de la mère. Lire ICI

Publié par M.

Maman, journaliste, à Tahiti

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